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Le Ver Américain

Grand champion des pêches estivales en Méditerranée, le ver américain est sans doute le best seller des appâts que je qualifie d'appâts "nobles". Impossible de passer à coté de cet appât si vous pêchez la dorade à la belle saison.

Source : https://www.gulfofme.com/product/bloodworm/

Source : https://www.gulfofme.com/product/bloodworm/

Le Ver Américain

Nom scientifique : Glycera dibranchiata

Comme son nom l'indique, ce ver nous vient tout droit du continent américain et plus particulièrement de la côte atlantique nord-américaine. On le trouve principalement de la Nouvelle Ecosse au Golf du Mexique. Sa population est réputée importante dans le Golf du Mexique et dans la Baie du Massachusetts. Il y a donc de grande chance que les vers que vous achetez proviennent de ces endroits du globe.

Note : Sur les côtes françaises il est possible de récolter une autre espèce très proche (Glycera Fallax). Certains articles relatent effectivement le ramassage de ver "américain" en France. Les signalements restent toutefois peu nombreux et ne permettent pas d'affirmer que l'espèce est suffisamment présente pour espérer en ramasser régulièrement.

Vous avez peut-être déjà entendu parlé de ce ver comme étant un "ver de vase". Ce ver vit en effet dans la vase des baies américaines découvertes à marée basse. Les anglophones le surnomment "Bloodworm" (ver sanguin) car ses fluides, que l'on perçoit à travers la peau, sont pourvus d'hémoglobine.

Note : Il ne faut pas confondre le ver américain avec le ver de vase destiné à la pêche au coup en eau douce (également appelé Bloodworm par les anglais) qui n'est pas un ver mais une larve de chironome (un insecte que l'on confond souvent avec un moustique mais qui ne pique pas).

Faites bien attention à ses crocs ! Le ver américain est équipé d'une trompe expulsable munie de quatre crochets venimeux. Les petits spécimens ne représentent aucun risque car ils n'ont pas de crochets suffisamment longs pour percer votre peau mais les gros spécimens mordent fort et peuvent vous inoculer leur venin. Pas d'inquiétude à avoir, le venin des vers américains est habituellement moins douloureux et moins urticant que celui des guêpes ou des abeilles mais les personnes allergiques peuvent réagir sévèrement. Saisissez les vers par la queue pour éviter une morsure douloureuse.

C'est un secret pour personne, les vers américains coûtent cher ! Comptez 6€ à 8€ pour une boite de 6 à 8 vers selon la taille des bêtes. Certains commerces équipés de viviers peuvent les proposer à l'unité. Comptez alors entre 0.60€ pour les petits individus (8 à 9cm) et 1,20€ à 1,50€ pour les plus gros (20cm et plus). La taille la plus courante est d'environ 12cm pour 0.85€ à 0.90€ pièce.

Le prix des vers se justifie à la fois par le coût du transport, la main d'oeuvre (ramassage à la main) mais aussi par la rareté. La population a réduit de plus de 75% en 15 ans sur certaines zones comme la côte du Maine (surexploitée depuis plus de 20 ans). Il faut donc s'attendre à voir le prix des vers augmenter dans les années à venir.

Conservation

La conservation du ver américain est un peu complexe. Cet appât délicat a déjà voyagé 24 à 48h avant de nous parvenir, de ce fait il est un peu difficile de conserver les vers bien longtemps.

Dans de bonnes conditions, vous parviendrez à conserver les vers 10 à 15 jours. La température idéale dépend de la manière dont vous allez les conserver.

Au réfrigérateur, cherchez une zone où la température se situe à 7 degrés environ. Attention, votre réfrigérateur (aussi bon soit-il) n'assure pas la même température à tous les étages. Évitez les compartiments les plus froids qui risquent de tuer vos vers. Une boite (idéalement en bois) remplie d'algues humides maintiendra les vers en vie. A défaut d'algues, du papier journal ou du gros sable humides feront l'affaire.

Vous pouvez aussi placer les vers au réfrigérateur dans une boite en plastique avec du gros sable et un un peu d'eau de mer. Cette méthode fonctionne assez bien tant qu'aucun ver ne perd ses fluides (blessé par un congénère). Dès lors qu'un ver est abîmé ou en fin de vie, il libère des fluides qui polluent rapidement l'eau et entraînent la mort de tous les autres. Il faut donc vérifier de temps en temps que l'eau ne vire pas de couleur et la remplacer au moindre doute. Avec cette méthode je parviens à conserver des vers jusqu'à 2 semaines en veillant à ce qu'ils ne soient pas trop nombreux dans la boite et en changeant l'eau tous les trois jours.

Le Ver AméricainLe Ver AméricainLe Ver Américain

Pour une conservation à plus long terme, placez vos vers dans un seau d'eau et de sable avec aérateur. La température idéale se situe alors entre 8 et 12 degrés. Retirez immédiatement les vers affaiblis ou morts et changez l'eau aussi souvent que possible pour éviter qu'une eau polluée ne cause la mort de tous les vers. L'eau de remplacement doit être à la même température, il vous faudra donc stocker un bidon d'eau de mer dans votre cave à vin pour éviter un choc thermique à vos vers.

Je n'utilise pas souvent la solution de la cave à vin pour conserver les vers américains car elle est fastidieuse. Une attention particulière est nécessaire pour assurer la bonne qualité de l'eau et même avec le plus grand soin vous ne serez jamais certain qu'un ver blessé par un congénère ne fera pas tourner l'eau. Enfin il faut savoir que la salinité de l'eau que vous allez prélever sur votre plage est sans doute différente de celle du lieu d'origine des vers. Ce dernier paramètre peut également stresser les vers et les affaiblir prématurément.

Intérêt de cet appât

Le ver américain est un appât peu sélectif. Il peut séduire plusieurs espères de poissons comme les Sars, les Pageots, les Marbrés, les Loups (Bars) et les Dorades.

Au printemps ils se montrera décisifs sur les marbrés (si vous n'avez pas de vers de sable sous la main) et pourra vous permettre de capturer Sars et Loups lors des coups de mer.

Le reste du temps, les dorades seront très souvent les premières sur le coup mais ne vous attendez pas à battre des records avec cet appât, le ver américain attire beaucoup de petits poissons.

Sachez enfin que les vers morts depuis quelques jours sont incroyablement attractifs ! Dans cet état ils deviennent raides et dégagent une odeur forte (nauséabonde) mais les dorades se jettent dessus.

Eschage

Comme la plupart des vers, le ver américain est enfilé à l'hameçon au moyen d'une aiguille. J'ai pour habitude de l'enfiler par la queue en utilisant une aiguille sans pointe (aiguille creuse aux deux extrémités) mais d'autres procèdent autrement en enfilant l'aiguille par la tête. A chacun sa technique, cependant je vais tenter de vous expliquer pourquoi j'enfile le ver par la queue.

Le passage par la queue simplifie grandement l'eschage de la bête car il n'est pas nécessaire de batailler avec le ver pour qu'il sorte sa trompe. De plus, la tête se trouvera en bas du montage (sur l'hameçon) ce qui semble augmenter les chances de piquer le poisson à la touche. Je n'ai honnêtement aucune preuve à ce sujet et je fonde mes propos uniquement sur ma propre expérience qui me laisse penser que le poisson attrape plus souvent le ver par la tête que par la queue. Si vous avez l'impression inverse, alors sentez-vous libre de partager votre sentiment en postant un commentaire.

Les plus gros spécimens peuvent être coupés pour escher deux voire trois hameçons. Faites attention toutefois à la manière de couper ce ver sanguin car sans précaution if perdra totalement son "sang" et donc son attractivité.

Pour couper un ver américain, vous pouvez procéder de deux manières différentes :

  • Créer un garrot en ligaturant le ver avant de le couper
  • Exercer un point de pression pour déclencher le réflexe d'autotomie

La première méthode est fastidieuse mais fonctionne plutôt bien. Créez deux garrots sur le ver à quelques millimètres d'écart à l'aide de fil de nylon ou de fil de latex. Coupez le ver entre les deux garrots. Cette technique est parfaite pour les très gros vers que vous allez couper en trois. C'est par ailleurs la méthode décrite par mon ami Johann sur son blog.

La seconde méthode est de loin ma préférée car plus rapide et plus efficace. Pour effectuer la section, prenez le ver en main et exercez une pression entre le pouce et l'index, approximativement au milieu du ver. De cette manière, vous simulez l'attaque d'un prédateur et réveillez le réflexe d'autotomie du ver. Le ver, qui se sent agressé, va alors faire en sorte de se séparer de sa queue. Augmentez la pression en roulant légèrement le ver entre le pouce et l'index jusqu'à ce que le ver réagisse. La réaction du ver se caractérise par un rétrécissement et un durcissement du corps sur quelques millimètres. Il blanchit légèrement à cet endroit, signe qu'il a divisé ses fluides entre la tête et la queue. C'est à ce moment que vous pouvez le sectionner d'une simple pression de l'ongle ou en vrillant le corps s'il est gros. Le ver se coupe presque de lui-même sans forcer et sans saigner. Vous obtenez deux sections que vous pouvez enfiler à l'aiguille. Eschez en premier la queue du ver qui survivra moins longtemps que la tête.

Je vous partage la vidéo suivante trouvée sur Youtube qui montre comment couper un ver et comment l'enfiler. C'est à peu de chose près ma manière de procéder si ce n'est que j'enfile le ver sur le bas de ligne par la queue.

Découper et enfiler un ver américain

J'espère que cet article vous aura appris certaines choses sur le ver américain et je vous donne rendez-vous très bientôt pour découvrir un autre ver.

 

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Commenter cet article

Chan 20/10/2017 10:51

Ces vers sont exactement semblables a Glycera dibranchiata, le ver américain ou bloodworm ou ver sangsue. On en trouve sur les secteurs sablo-vaseux où la mer découvre. Cependant comme certains autres vers marins sont aussi prenants, sinon plus, et nettement moins difficiles à conserver et à escher, les Glycera ne sont pas très utilisés par les pêcheurs de la Manche ou de la façade Ouest de l'Atlantique, mer d'Iroise comprise. Je vous donne mon adresse de messagerie, au cas où vous voudriez faire échange de conseils, de suggestions, etc.

Jérémie 20/10/2017 13:06

Merci pour la précision. En Méditerranée le genre Glycera n'est pas courant à ma connaissance. Peut-être par absence de marée qui faciliterait le ramassage

Chan 19/10/2017 14:32

L'espèce Glycera est représentée le long du littoral français par 8 variétés, dont une géante qui atteint les 30 centimètres : http://www.mer-littoral.org/16/glycera-gigantea.php

Jérémie 22/10/2017 16:09

Vous pouvez me contacter en privé par le formulaire Contact du blog. Je vous répondrai directement avec mon adresse personnelle.

Chan 20/10/2017 17:27

La répartition des vers et des coquillages se fait en fonction des sédiments marins et en fonction de la température annuelle globale de l'eau. Cela fait que l'on trouve les mêmes vers et les mêmes coquillages, à quelques légères différences près, dues à l'évolution des espèces, sur l'ensemble du littoral d'un Pays, dans certains secteurs précis – biotope et biomasse obligent - et en différents endroits du Globe possédant les mêmes sédiments et jouissant des même températures.

La répartition la plus commune d'animaux marins servant d'appâts est celle des siponcles, c'est sans doute les vers parmi les plus communs. On en trouve pratiquement partout dans les sables marins du Globe : en Méditerranée, en Bretagne - où ils peuvent dépasser les 30 centimètres -, en Extrême-Orient - où ils dépassent rarement les 10 centimètres -, etc.

http://doris.ffessm.fr/Especes/Ver-cacahuete3

J'ai écris siponcles au pluriel car il existe des sous-variétés, certaines très rares comme Golfingia vulgaris ou siponcle cuir, en fait un bibi avec une peau littéralement indéchirable. Cela fait déjà quelques années que j'ai découvert des secteurs où en trouver, mais du fait de leur rareté, je n'en utilise pas.

Donc, je suis convaincu qu'il y a des Glycera en Méditerranée, mais bon c'est vrai qu'il faut un peu de mouvement de la mer pour en trouver.

Le seul ver que je ne peux pas récolter près de chez moi, c'est Lanice conchilega ou ver tube, un must. Certes, il remonte des eaux plus Sudistes d'année en année, mais pour l'instant sa progression le situe dans le Sud-Finistère et j'habite sur la côte Nord de ce même département

De vous à moi, les vers ne sont pas les appâts que je préfère pour les daurades royales et ce pour de nombreuses raisons,

Avez vous une adresse de messagerie privée ?

Jérémie 19/10/2017 21:45

Intéressant mais que valent-ils pour la pêche et quelle est la probabilité d'en ramasser ?