Surfcasting Méditerranée

Garder ou relâcher : un sujet qui fait débat

Lorsqu'on capture un poisson il faut rapidement faire un choix entre le prélever et le relâcher. Si la réglementation nous impose de respecter certaines mailles, elle ne donne aucune autre limite ou recommandation sur le comportement à avoir en cas de capture (exception faite des espèces protégées).

La bonne conduite à adopter est avant tout une question de valeur personnelle et vous trouverez toujours quelqu'un pour contester votre manière de procéder. Il n'est pas rare de voir des commentaires négatifs et méprisants à l'encontre d'un pêcheur qui poste une photo de sa pêche sur les réseaux sociaux. On lui reproche souvent d'avoir gardé des prises trop petites ou  trop de nombreuses.

Etant moi aussi victime de ce genre de critiques et ne cherchant pas à imposer ma vision des choses, je vous donne ici quelques repères pour vous aider à vous forger votre propre ligne de conduite et faire preuve d'un peu de compréhension envers les autres.

Le No-Kill : du pour et du contre

J'ai longtemps pratiqué le no-kill lorsque je pêchais en eau douce et c'était pour moi une règle évidente de bonne conduite.

Derrière cette habitude se cachait aussi une autre raison : je pêchais le poisson blanc et il aurait été ridicule de ramener à la maison une bourriche pleine de prises sans intérêts pour la consommation comme des carpes, des brèmes et des gardons...

Mon comportement a commencé à changer lorsque j'ai débuté la pêche en mer. J'ai redécouvert le plaisir de déguster des poissons savoureux et j'ai également pu faire plaisir à mes proches qui ont soudainement porté un regard différent sur ma passion. En effet, certains d'entre eux avaient du mal à comprendre le plaisir que je pouvais prendre à pêcher des poissons... pour les relâcher.

La pratique systématique du No-Kill n'est pas toujours bien perçue par les gens qui ne pêchent pas. Elle est souvent interprétée comme une pratique inutile et cruelle où l'on joue avec la vie d'un poisson en le relâchant après l'avoir blessé. Il faut bien avouer que, malgré les précautions que l'on peut prendre, des poissons finissent par mourrir de leurs blessures (certaines espèces sont plus fragiles que d'autres). Il est donc parfois difficile d'expliquer que l'on "respecte" le poisson et que l'on se montre "responsable" en le blessant sans jamais avoir eu d'intention de le prélever.

Si vous souhaitez pratiquer le no-kill alors allez-y mais soyez conscient que tout le monde ne sera pas en mesure de comprendre votre attitude et que vous devrez aussi faire preuve de compréhension envers ceux qui choisissent de consommer leur pêche.

Savoir sélectionner

La réponse évidente au dilemme de la capture est donc d'apprendre à sélectionner les prises que l'on garde.
Bien entendu, la première chose à faire est de s'assurer que la taille réglementaire de capture est respectée. Je vous encourage d'ailleurs à rajouter au minimum 1 à 2cm de marge lors de la mesure d'un poisson car ceux-ci rétrécissent avec la raideur cadavérique. En effet, si vous mesurez un poisson lorsqu'il sort de l'eau (vivant) puis que vous reprenez la mesure quelques heures plus tard lorsque son corps est devenu raide, alors vous allez remarquer une différence de mesure qui peut faire passer la taille de votre prise en dessous de la maille.

Toutefois, s'en tenir seulement à la maille n'est pas suffisant pour se comporter de manière responsable car il faut bien avouer que les mailles sont relativement petites.

Conserver seulement les plus gros ?

Pour certains, il ne faudrait garder que les poissons les plus gros de sorte qu'ils aient pu se reproduire avant d'être prélevés. Cette manière de voir les choses est partagée par de nombreux pêcheurs mais encore faut-il définir ce qu'est un poisson digne d'être conservé.

Ceux qui ont la chance de pratiquer la pêche dans des lieux bien peuplés en beaux poissons vous diront qu'il faut relâcher toutes vos prises en dessous de 1kg par exemple. Sur les plages que je pêche (la nuit), les poissons de plus de 500g sont peu nombreux et les poissons de plus de 1kg le sont encore moins... En bref, il n'est pas possible de donner une recommandation applicable en toute circonstance et là encore il faudra vous montrer compréhensif envers ceux qui prélèvent des poissons à la maille mais en dessous de vos standards.

Par ailleurs, ne conserver que les plus gros poissons n'est pas sans incidence. Si l'on s'intéresse vraiment à la reproduction des poissons comme critère de sélection alors il est important de rappeler que les individus les plus gros sont les meilleurs reproducteurs et s'il fallait en préserver quelques-uns en priorité alors ce seraient sans doute ceux-là. Ces gros individus ont adopté un comportement qui a assuré leur survie et pourrait donc leur permettre de survivre encore quelques années si on les relâchait. En grossissant, le nombre de leur prédateurs diminue et certaines espèces dont les gros individus deviennent solitaires sont alors plus difficiles à traquer et moins intéressantes pour les pêcheurs professionnels (ce qui augmente encore leur chance de survie).

Bien entendu, il n'est pas question de vous dissuader de conserver de beaux poissons, je me fais ici l'avocat du diable mais avouez que cela fait quand-même un peu réfléchir...

Conserver sans excès

La question du nombre raisonnable de poissons à conserver revient très souvent et là encore il n'y a pas d'autre règle que le bon sens.

Le conseil que je peux vous donner est de vous limiter à la quantité de poissons que vous êtes en capacité de consommer prochainement. Vous pouvez congeler du poisson mais il faut absolument éviter de remplir des bacs au point de devoir un jour jeter du poisson oublié au fond d'un congélateur depuis trop longtemps.

Gardez du poisson pour votre famille et vos amis si vous êtes certains qu'ils en voudront mais n'ayez pas les yeux plus gros que le ventre.

Faites également attention à ne pas tomber dans la frénésie de capture. Cela se produit lorsque l'activité est intense et que l'on réalise une très belle pêche. Totalement absorbé par les prises qui s’enchaînent on finit par perdre le compte des poissons et inconsciemment on devient moins regardant sur la taille des individus que l'on conserve. C'est une fois la partie de pêche terminée que l'on se rend compte que l'on aurait pu relâcher quelques prises.

Ne pas gâcher

Mon dernier conseil est de s'assurer de ne pas relâcher un poisson "gâché" c'est à dire un poisson mort ou très mal en point. Si le poisson abîmé atteint la maille alors gardez-le et relâchez (en guise de compensation) le poisson suivant que vous auriez gardé en temps normal.

Peut-être avez-vous déjà remarqué, dans mes compte rendus de sortie, qu'il m'arrive ainsi de garder des poissons en dessous de la maille et de relâcher des poissons plus gros (je garde une dorade de 20-22cm remontée morte mais je relâche une dorade de 25-27cm en échange).

Je ne vous encourage pas à faire de même car garder un poisson en dessous de la maille n'est pas légal. Le compromis moral que je passe avec la mer n'est pas justifiable devant les autorités. Je prends donc mes responsabilités en agissant ainsi et bien que ce soit interdit je crois sincèrement agir de manière juste.

Pour vous donner une meilleure chance de conserver les plus belles prises, je vous conseille de gardez vos prises dans une bourriche ou un seau d'eau dont vous renouvellerez l'eau régulièrement pour éviter qu'elles ne s'asphyxient. Cela vous laissera le temps de décider si vous les gardez ou si vous les relâchez après avoir capturé des poissons plus gros.

Avant de juger un autre pêcheur, posez-vous les bonnes questions

Il est évident qu'un pêcheur qui ne respecte pas la maille sera la cible de critiques et c'est tout à fait compréhensible. En revanche, il est discutable de reprocher à un quelqu'un d'avoir gardé des poissons à la maille puisqu'il est en règle avec la loi. Si vous jugez la maille trop petite, alors militez pour que celle-ci soit augmentée et expliquez calmement aux autres pourquoi vous pensez nécessaire de prélever des poissons plus gros.

Par ailleurs, êtes-vous en mesure de dire qu'il a gardé ces poissons sciemment ? Et s'il avait gardé ceux qui sont morts et relâché tous les autres ? Rappelez-vous que les poissons relâchés ne figurent jamais sur la photo...

Reprocher à quelqu'un d'avoir gardé un "trop" grand nombre de poisson est également discutable. Que savez-vous vraiment de cette personne ? Et si le pêcheur avait une famille nombreuse contente de recevoir du poisson... Et si ce pêcheur avait rarement l'occasion de se rendre à la pêche et qu'il avait gardé de quoi assurer sa propre consommation pour quelques temps... en quoi son comportement serait-il méprisable ?

Note : Jamais une seule des personnes qui ont critiqué mes photos ne m'ont demandé d'expliquer ce que j'allais faire de tous mes poissons. C'est pourtant très simple à comprendre :  je mange 3 à 4 fois du poissons par semaine et nous sommes plusieurs à table. Le reste est offert à la famille et aux amis. Que l'on me dise où est l'exagération !

Il est difficile de savoir quel a été le comportement du pêcheur ou la taille des poissons qu'il a gardé à la seule vue de la photo qu'il a publiée. Si cela vous intrigue, posez-lui des questions au lieu de le juger et soyez un peu pédagogue si la personne a manqué de discernement.

Ceux qui pensent que conserver "autant" de poissons nuit au renouvellement des stocks devraient relativiser en comparant l'impact de la pêche de loisir avec celui catastrophique de la pêche industrielle. Non, la diminution fulgurante des stocks de poissons ne provient de la pêche de loisir mais du chalutage excessif et de la pollution.

En Méditerranée, 90% des stocks de poissons sont surexploités par la pêche professionnelle dont 75% des prises proviennent de la pêche industrielle. Même si tous les pêcheurs de loisir pratiquaient le no-kill, la quantité totale de poissons épargnés resterait infime par rapport aux prises des chalutiers et ne suffirait pas à faire remonter les stocks (d'autant plus qu'une partie des poissons relâchés finirait par alimenter les filets). Il y a là aussi de quoi méditer...

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Xavier 07/05/2019 00:07

Super, je n'avais pas vu que tu avais fait une page fb et un groupe ! Concernant les souvenirs de vacances c'est exactement pareil pour moi et c'est pour ça que j'ai tout plaqué pour m'installer à côté de l'océan et profiter de mes passions. Au plaisir d'échanger astuces constats et et autres techniques, kenavo !

Xavier 06/05/2019 03:58

Bonjour Jérémy,

Tout d'abord je tiens à te dire que je prends énormément de plaisir à lire tous les articles de son site qui sont pour moi un véritable livre de chevet ! Pour une fois, et cela peut arriver, heureusement, je ne suis pas ou peu d'accord avec toi sur l'intégralité de ton article meme si des points que tu soulèves sont tout à fait pertinents (à quoi, à qui sont destinés les poissons que l'on voit souvent sur les publications). Je suis aussi d'accord avec toi sur le fait que la peche industrielle représente l'immense partie de la destruction de la faune et de la flore sous marine, néanmoins il y a deux choses qui m'ennuient. La première c'est qu'à mes yeux on doit limiter ses prises à sa famille ou aux grandes occasions, prélever le strict nécessaire. Combien de centaines voir de milliers de maquereaux ramenés par les anciens pour finir en infectes terrines au vin blanc offertes aux voisins, "parce que ça rend populaire m" ? Aujourd'hui 20 ans après les printemps sont timides. Une centaine de bateaux de peche de plaisanciers ramenant en moyenne 500 maquereaux par semaine pendant un mois, je te laisse faire le calcul ... et il ne s'agit que du port d'une petite ville finisterienne ... je pense donc que le renouvellement des stocks est aussi affecté par nos captures. Le deuxième point que j'aimerais soulever est le devoir d'exemplarité. On sait que l'on scie la branche sur laquelle on est assis, quel exemple donner à nos enfants ? Les tableaux avec 30 dorades étalées façon chasse à la galinette donnent un mauvais signal, autant lorsqu'il s'agit d'amateurs cela est discutable autant lorsqu'il s'agit de marques de surf professionnelles qui nous offrent des photos de poissons ensanglantés je trouve cela inadmissible.

Mais quels que soient notre approche mutuelle ou nous opinions divergentes j'ai comme toujours pris plaisir à lire cet article,

A plus !

Ps: as tu déjà pêché en Bretagne / le Finistère ?

Jérémie 06/05/2019 21:27

J'ai créé la page Facebook du blog : https://www.facebook.com/surfcastingmediterranee/
Ainsi qu'un groupe de discussion : https://www.facebook.com/groups/surfcastingmediterranee/

Mon compte personnel ne contient pas de publication en rapport avec la pêche, mais de toute façon je publie toutes mes sorties sur le blog car j'ai pris le parti de tout partager (les belles sorties comme les plus décevantes).

Je te contacterai avec plaisir si je finis par organiser quelques vacances dans ta région. J'ai toujours aimé la Bretagne, j'y ai passé de très belles vacances quand j'étais enfant.

Xavier 06/05/2019 21:17

Bonjour Jérémie,

Tout a fait d'accord, souvent les photos ne sont pas révélatrices. Si un jour tu t'aventures dans le Finistère je serai ravi de te présenter nos royales et draeneg locaux ! As tu un compte Instagram ou facebook pour suivre tes pêches ?

Amitiés halieutiques,

Xavier

Jérémie 06/05/2019 11:26

Ce que tu partages ici avec les maquereaux est un bel exemple d’excès qui finit par déteindre sur l’image de la pêche de loisir.

Comme écrit plus haut « La question du nombre raisonnable de poissons à conserver revient très souvent et là encore il n'y a pas d'autre règle que le bon sens. »

Pour limiter les abus il faudrait des quotas journaliers comme cela existe en eau douce.

Les tableaux des poissons publiés sur les magazines et les catalogues sont discutables et j’ai l’impression que cette pratique se raréfie.

Maintenant il faut bien se dire une chose : une photo de poissons ne révèle pas le comportement du pêcheur. Était-il seul ou bien 4 à pêcher ? A-t-il relâché tous les poissons qui ne sont pas sur la photo ou les a-t-il caché ? La photo ne te le dis pas et c’est en cela que j’appelle à la prudence de jugement. Sous couvert d’exemplarité j’en connais qui montrent une photo de leur plus belle prise et cachent toutes les autres, c’est une certaine forme de mensonge qui semble donner bonne conscience à notre société pour mieux fermer les yeux sur les impacts écologiques.

Oui j’ai déjà pêché en Bretagne mais sur le Morbihan et les Côtes-d-Armor.
C’est une région que j’adore et j’aimerais bien essayer le Finistère.

jean pierre 16/07/2017 20:35

Quelle belle leçon de pedagogie

Jérémie 16/07/2017 23:40

J'exprime avant tout mon point de vue sans volonté de convaincre qui que ce soit. Je trouve les comportements de certains pêcheurs un peu trop rigides et moralistes.

Julien 16/07/2017 15:44

Entièrement d'accord avec toi. Le tout est de ne pas gaspiller et manger le poisson ou le donner à quelqu'un qui ne pêche pas ou plus.

reiken65 16/07/2017 15:42

Le no-kill est une affaire de goût et le choix à chacun de le pratiquer ou non ! Je suis comme vous , habitant dans les hautes-pyrennees j'ai de jolis spots à truite (leurre) ou il m'arrive très souvent d'en faire une dizaine sur 2-3 h de pèche et n'en prélever 2 -3 sur une dizaine de sorties . La mer ou l'océan n'ont pas la même contenance hydrographique ... Il en va de soit que les belles pièces sont devenu plus rare a prendre du bord que d'un bateau et rien ne ferait plus plaisir de déguster un bar de 45 ou d'une dorade 1kl5 en famille ! Le no-kill en mer est une question que je ne suis jamais posée car je n'en vois pas l'utilité du moment que je consomme mes poissons et surtout de pas remplir mon congélateur ! Amicalement :)