26 Octobre 2026
Dans cet article, je vous présente un modèle de canne surprenant, que j'ai acquis en 2023 avec l'ambition de concilier puissance, robustesse et sensations au bord de l'eau.
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Vega est une marque appartenant à la société portugaise Mundináutica spécialisée dans la distribution d’articles de pêche. Très discrète sur le marché, la marque revendique pourtant plus de 35 ans d'existence à ce jour (ayant célébré son 25ème anniversaire sur son catalogue 2013).
Le moins que l'on puisse dire est que Vega avait grand besoin d'améliorer sa communication numérique. Les progrès réalisés ces deux dernières années méritent d'être salués. La page officielle vegafishing.pt, longtemps restée sans mise à jour affiche à présent avec un contenu actualisé. Les pages Facebook VegaTheSpiritOfFishing et VegaOficialSpain sont actives bien qu'elles génèrent peu d'engagement des visiteurs (peu de réactions et de partages des posts).
Les catalogues, autrefois difficiles à trouver, sont enfin téléchargeables depuis le site de la marque bien qu'ils ne reflètent pas avec exactitude l'ensemble des produits distribués par les boutiques ibériques (de nouveaux produits manquent au catalogue, d'autres ne sont plus distribués).
La gamme dédiée au surfcasting est attrayante, en particulier les cannes qui se démarquent par une puissance supérieure à celles que nous trouvons couramment sur le marché.
La Potenza Da Vinci est (a été) une curiosité dans la gamme de la marque Vega. La canne apparaît discrètement sur le marché espagnol en début d'année 2022 et disparaît tout aussi silencieusement l'année suivante avec la fin des stocks, sans jamais avoir intégré un catalogue de la marque (mais d'où sort-elle donc ?).
Outre le caractère éphémère du produit (pour le moins étonnant), sa conception a aussi de quoi laisser perplexe tant elle est empreinte de contradictions. Jugez par vous-même : le produit est prétendu haut de gamme mais vendu à un tarif de milieu de gamme et équipé d'anneaux basiques tout en étant doté d'une finition esthétique splendide. Cet assemblage est quelque peu surprenant, voire déroutant.
La Potenza Da Vinci 420 est un unique modèle sans déclinaison de puissance, de longueur ou d'équipement.
La plage de puissance de 100-300g annoncée sur la canne n'est pas une exception chez Vega, bien au contraire. La majorité des cannes de la marque sont annoncées supporter une puissance maximale de 270, 280 ou 300g ce qui place la Potenza Da Vinci dans la "norme" de la marque mais un peu au dessus des habitudes du marché.
Entendons nous bien à ce sujet, la puissance utile réelle de la Potenza Da Vinci ne peut prétendre rivaliser avec mes Teklons Competition ou mes Vanadiums, mais elle se situe nettement au dessus des cannes hybrides que j'ai pu essayer depuis 15 ans. ll s'agit d'une catégorie intermédiaire peu représentée sur le marché et qui mérite toute l'attention des pêcheurs sportifs.
| Longueur | Puissance | Poids | Diamètre du talon | Anneaux | Encombrement |
|---|---|---|---|---|---|
| 4m20 | 100-300g | 528g (583g réel) | 22.7mm mesuré | Fuji LR O Ring | 148cm |
La conicité très prononcée du blank, qui démarre par un talon de fort diamètre, confère une grande progressivité à la canne et tend à cacher son caractère parabolique aux yeux du plus grand nombre.
L'impression de sportivité est renforcée par un écart plus important que la moyenne entre la poignée et le porte moulinet, favorisant l'effet de levier lors du geste de lancer. Le scion de type "hybride dur" est en parfaite harmonie avec l'action du blank et la puissance de la canne.
Enfin, la canne est livrée avec une housse honeycomb (motif à nid d'abeille) et un fourreau rigide double est offert pour l'achat d'une paire de cannes.
Le produit est loin d'être parfait. Plusieurs détails me chagrinent d'autant plus que certains relèvent quasiment du mensonge.
La première critique à formuler concerne le poids de la canne, bien plus élevé que prévu. Annoncée peser 528g, la canne affiche en réalité 583g sur la balance. Un écart de 15 à 20g est courant, mais c'est bien la première fois que je mesure 55g de différence. La promesse est éloignée de la réalité et sonne un peu comme un mensonge.
Le choix des anneaux Fuji Low Rider O-Ring est quant à lui une véritable déception. Il s'agit même d'une mauvaise surprise découverte à la réception du matériel puisque la description du produit, affichée par les boutiques en ligne, mentionnait des anneaux SIC. Précisons tout de même que la marque n'est pas en cause ici puisqu'elle n'a jamais indiqué le type d'anneau dans ses communications. Cependant, Vega vantait un produit "haut de gamme" or les O-Ring constituent l'entrée de gamme de Fuji et équipent les cannes vendues moins de 150€.
Bien que ce ne soit pas rédhibitoire à l'usage, on aurait quand même apprécié des anneaux pourvus d'une céramique plus lisse, en accord avec le positionnement prétendu haut de gamme de la canne. Une rampe d'anneaux Fuji Alconite aurait été ici le minimum acceptable avec dans l'idéal un anneau de tête en SIC pour réduire les frictions lors de la récupération (je reviendrai là dessus plus tard).
Le porte moulinet à vis Fuji DPS est peu perturbant en raison de son diamètre imposant d'une part et du montage inversé d'autre part (la bague à visser est au dessus de la main). La prise en main n'est donc pas des plus confortables au premier abord, mais on finit par s'y faire. Un porte moulinet à crémaillère aurait été bien plus judicieux pour maintenir un diamètre réduit dans la paume de la main.
Enfin, un dernier petit détail mérite une remarque (pour le plaisir de pinailler) : le talon est équipé d'un pas de vis dans la poignée mais aucune masselotte n'est fournie, ni même proposée en option. A quoi bon installer un pas de vis dans ce cas ?
J'évoque rarement le prix des cannes sur le blog car il s'agit d'une donnée variable, à la fois dans le temps mais aussi en fonction du commerçant (pays, vente internet ou boutique, taille de la structure, etc).
Cette fois-ci la situation est un peu différente car la marque n'existe tout simplement pas en boutique française (ce qui est bien dommage si vous voulez mon avis).
La canne était initialement proposée au prix public de 450€ pièce. Elle était vendue en paire, parfois redistribuée à l'unité par les boutiques.
En fin d'année 2023 (lors de mon achat), les cannes étaient vendues à 699€ la paire ou 399€ l'unité (hors frais de port). Les derniers exemplaires disponibles ont été soldés en début d'année 2024 autour de 300 à 330€.
Les prestations sportives offertes par la canne sont supérieures aux produits concurrents de même position tarifaire mais il convient de rappeler les sacrifices qu'implique l'achat sur internet d'un produit non distribué dans mon pays. Passer commande dans ces conditions s'accompagne de certains sacrifices et compromis que j'ai sciemment acceptés au moment de valider le paiement. Toute procédure de SAV sera complexe, pour ne pas dire infernale, voire vaine. Les commerçants ibériques savent très bien qu'ils ne seront inquiétés s'ils font la sourde oreille à mes réclamations, je connais la musique, j'en ai déjà fait l'expérience et j'ai repris le risque en pleine conscience.
La finition esthétique de la canne est bluffante au premier abord, surtout pour une canne de milieu de gamme. La peinture photochromique pailletée (dite caméléon) est magnifique. La couleur varie selon l’angle de vue et oscille entre le vert, le bronze, le rose et le violet. Chaque déballage de la canne est un plaisir pour la rétine.
Note : Ce type de peinture existe depuis longtemps sur le marché mais était autrefois réservé aux cannes japonaises de très haut de gamme. On commence à retrouver ces peintures sur des cannes de milieu de gamme depuis quelques années.
Les ligatures et les vernis epoxy sont posés proprement, l’arrière des pattes des anneaux est correctement comblé. De petits défauts ont probablement pu échapper à ma vigilance mais je trouve que le résultat visuel surpasse aisément bon nombre d'autres cannes de grandes marques (je ne vise personne, mais j'en pense pas moins).
Les détails de finition qui fâchent se révèlent davantage à l'usage qu'à l’œil. Ainsi, j'ai découvert un léger problème d'alignement d'un anneau sur une de mes cannes (sans gravité) et un second exemplaire présente une poignée désaxée de 15° par rapport au pied du moulinet. Ce second défaut entraîne un inconfortable que l'on parvient à apprivoiser et à oublier, mais cela reste décevant.
La finition des emmanchements mâles est basique, ceux-ci sont simplement équipés d'un remplissage en mousse dense sans bouchon lisse. L'ajustement des emboîtements est quant à lui véritablement bâclé si bien que j'ai dû reprendre les emmanchements mâles qui présentaient du jeu avant même la première utilisation des cannes.
En définitive, si l'esthétique clinquante est très réussie, la finition fonctionnelle laisse en revanche clairement à désirer. La marque affirmait que chaque exemplaire serait contrôlé avant de l'expédier au distributeur, permettez-moi d'en douter !
Todas las cañas serán revisadas una a una antes de entregar en las tiendas para garantizar la calidad del producto.
Toutes les cannes seront contrôlées une à une avant d'être livrées aux magasins, afin de garantir la qualité du produit.
Le lancer est incontestablement le gros point fort de la canne, à condition toutefois d'y mettre un peu d'énergie.
Mon ressenti lors du lancer a vécu deux phases très distinctes qu'il me parait utile de détailler. En effet, j'ai commencé à utiliser mes Potenza Da Vinci après plusieurs années d’entraînement régulier au lancer et de pratique avec des cannes résolument puissantes (Teklon, Diamond, Century) puis ai dû marquer une pause de 2 ans avec la pêche avant de reprendre. Mes aptitudes techniques et physiques ont régressé dans l’intervalle de temps, la comparaison est donc intéressante mais surtout nécessaire.
Mes premiers lancés avec les Vega Potenza Da Vinci se sont déroulés en fin d'année 2023, peu après les avoir réceptionnées. Habitué depuis 5 ans à utiliser des Teklon Surf Competition et Diamond Vanadium (cannes de grande puissance), j'avais alors explosé mes records de distance en action de pêche grace aux Da Vinci, sportives mais bien plus dociles malgré tout. Mes lignes s'étaient soudainement mise à tomber 40 à 50m plus loin que d'habitude, sans constater le moindre désagrément : aucune perruque, aucune fatigue physique.
A chaque lancer, je pouvais sentir le talon commencer à plier avant que la canne ne se redresse d'un coup sec et franc, catapultant le plomb à l'horizon. Cette première expérience m'a permis de révéler l'action parabolique du blank et les capacités olympiques des cannes, surpassant de très loin mes espérances. Toutes mes lignes à deux empiles pêchaient alors entre 170 et 190m, une distance moyenne que je n'aurais jamais imaginé atteindre un jour (beaucoup de pêcheurs en parlent, peu y arrivent vraiment).
Mes performances au lancer ne se sont maintenues ainsi que pendant une poignée de sessions (hélas), avant que mon corps ne s'habitue aux cannes et ne se "calibre" à nouveau pour trouver la sensation de nervosité dans le blank.
Bien que n'ayant plus l'aisance et la puissance des premières expériences, j'éprouve revanche davantage de sensations lors du lancer. Le blank est tout simplement incroyable tant sa progressivité est exemplaire, un caractère que je n'ai à ce jour trouvé que chez mes Diamond Vanadium (plus physiques que les Da Vinci). La géométrie et les matériaux des Potenza Da Vinci rappelle d'ailleurs les Vanadiums à bien des égards.
Depuis la reprise de la pêche, après deux années sans avoir pu toucher une canne, mes lancers avec les Potenza Da Vinci oscillent entre 140 et 160m, une distance honorable dont me je satisfais. La canne s'est montrée à l'aise sur des plombs de 125 à 155g et semble parfaitement capable de propulser des lests de taille supérieure avec efficacité.
L'expérience des premiers lancers a prouvé que les Potenza Da Vinci possèdent une véritable réserve de puissance exploitable avec une méthode de lancer à grande amplitude et un peu d’entraînement. Je vous conseille en revanche de passer votre chemin si vous lancez par dessus la tête ou l'épaule, la canne vous paraîtra trop dure et inconfortable.
En attendant de tourner quelques séquences vidéo de lancer, je vous partage des images extraites d'une vidéo de présentation de la canne dans laquelle l'action du blank est mise en valeur.
Images extraites de la vidéo Youtube partagée au bas de l'article
La première chose que l'on remarque en action de pêche est l'équilibre imparfait de la canne qui a tendance à peser sur l'avant bras lorsque l'on maintient la canne à l'horizontale. Une masselotte aurait été fortement appréciée pour corriger la situation. Ajoutez à cela la prise en main pénalisée par le gros diamètre du porte moulinet (évoqué plus haut) et la canne obtient tout juste la moyenne à l'examen de confort.
Combattre un poisson avec la Potenza Da Vinci est une expérience globalement agréable, même sur des prises modestes. Les sensations sont très supérieures à mes Teklons et Vanadiums mais restent naturellement en retrait de cannes plus dociles et résonnantes comme les Yuki 911, Maseraty, Colmic 07, etc.
Le scion de la canne accompagne bien le combat et aide à maintenir un contact franc avec le poisson tout en absorbant un rush inopiné. Mon taux de prises décrochées après le ferrage a d'ailleurs significativement diminué par rapport aux 5 années passées à pêcher avec des cannes tubulaires lourdes. La canne offre des sensations satisfaisantes en action de pêche et se situe dans la moyenne de sa catégorie.
La détection de touche n'est pas très bonne mais reste tout à fait convenable. Le scion hybride dur fléchit modérément lorsque la ligne est tendue avec un plomb inférieur à 140g et la canne peut avoir tendance à tracter les plombs inférieurs à 125g mais la lecture des touches demeure nettement plus aisée que sur une canne à scion tubulaire. La sensibilité à la touche de la Potenza Da Vinci est finalement typique des cannes hybrides dures et son comportement est conforme à sa catégorie.
Un reproche mérite toutefois d'être formulé : l'anneau de tête entraîne une sensation de friction lors de la récupération avec les lignes fines. Si ma ligne en 20/100 ne présente pas ou peu le problème, les nylons de 14 et 16/100 que j'ai pu essayer "grattent" intensément par moment. Le frottement est exacerbé par la présence d'un poisson au bout du fil. On parvient à limiter la sensation en pompant sur la ligne, mais c'est un peu ridicule et décevant.
Mi ange mi démon, la Potenza Da Vinci donne l'impression d'une oeuvre inachevée par l'artiste (ou terminée dans l'urgence). Le blank est très bon, la finition esthétique est magnifique mais les équipements (anneaux, porte moulinet, poignée) ont été choisis un peu à l'économie. Il n'aurait manqué qu'une crémaillère pour réduire le diamètre dans la main, des anneaux supérieurs et éventuellement une masselotte en option pour en faire un véritable joyau.
La canne excelle dans les exercices physiques que j'affectionne particulièrement tels que les pêches lourdes ou la longue distance. Elle offre une certaine polyvalence propice à mon style de pêche par tout temps. Je pêche souvent avec des plombées comprises entre 115g et 130g tout en conservant la flexibilité d'affronter sereinement une mer formée avec le même matériel si l'occasion devait se présenter.
Ne vous méprenez pas quant à mes conclusions sur le modèle, j'ai exprimé plusieurs reproches et critiques mais reste pleinement satisfait de ces cannes au prix modeste. Celles-ci m'accompagnent dans toutes mes sorties depuis leur achat, et pourtant je possède bien d'autres modèles haut de gamme qui n'ont en définitive pas autant de charme.
La Da Vinci est une combattante vêtue de haute couture, dont l'élégance de façade ne saurait longtemps dissimuler le tempérament aventureux, sauvage, presque brutal.