Surfcasting Méditerranée

27/09/21 - Filets dans les lignes, l'heure du coup de gueule

Une soirée magnifique de plus, totalement gâchée par des filets posés dans les lignes. Voilà en une ligne ce qui résume cette soirée où il n'a pas été possible de pêcher.

Je suis habituellement de ceux qui appellent à la tolérance et au respect du métier d'artisan pêcheur que je considère bien plus durable pour la ressource que les pratiques de pêche industrielle. Seulement voilà, trop... c'est trop ! La cohabitation n'est clairement plus possible dans ma région tellement la pression de pêche en bordure de plage est forte.

Cette année 2021 a été compliquée pour moi, je n'ai presque pas pu pêcher pour diverses raisons : confinement et couvre-feu (que j'ai respectés), problèmes de santé, travaux à finir avant août et enfin des épisodes d'intempéries qui ont eu lieu chaque fois que j'avais un peu de temps libre pour pêcher (la poisse).

Bref, nous sommes presque au mois d'octobre et je n'ai eu l'occasion de pêcher que 4 fois depuis le mois de février. Ce soir sera donc ma cinquième sortie de l'année et je place de grands espoirs en cette soirée car la plupart de mes autres sorties ont été interrompues par la dépose de filets sur mes lignes (3 fois en 4 sorties). Il m'a fallu rentrer prématurément faute de pouvoir lancer.

Comme je suis plutôt optimiste, je pars dans l'idée qu'il est statistiquement impossible que je tombe encore sur une zone où sera déposé un filet. Si cela se reproduit ce soir alors mon taux de malchance atteindrait 80%, ce qui me semble totalement improbable au regard de la longueur de la côte.

J'ai donné rendez-vous à Jonathan et Louis pour cette soirée, deux camarades avec qui je corresponds par e-mail depuis quelques mois et que je rencontre pour la première fois ce soir même. Jonathan et moi arrivons enfin sur le lieu sur les coups de 19h30. Louis est déjà en place et a tendu ses lignes.

Début des ennuis

Je commence à monter mes cannes, les moulinets ne sont pas encore dessus que nous voyons arriver le bateau d'un petit métier en train de dérouler un filet.

Il est à une centaine de mètres du bord et se rapproche encore. Je ne peux pas être catégorique sur la distance exacte mais je vois très bien que son filet est à la portée de mes lancers. Mes lignes tomberaient en plein dedans, je ne peux donc pas pêcher ici.

Il termine de poser son piège un peu plus bas sur ma gauche. J'attends donc de voir si le bateau repart, signe qu'il laisserait la plage libre en contrebas mais non, il se met à poser un second filet en diagonal vers la plage. Il termine sa dépose à moins de 50m du rivage.

27/09/21 - Filets dans les lignes, l'heure du coup de gueule27/09/21 - Filets dans les lignes, l'heure du coup de gueule

La blague a assez duré, nous remballons le matériel, reprenons la voiture et nous rendons au fin fond du parking, 600m plus loin (les accès aux plages sont numérotés, chaque numéro est distant d'un peu moins de 100m et nous avons parcouru 7 numéros).
Je sors de la voiture, observe la plage et tombe immédiatement sur la balise clignotante qui marque l'extrémité du filet (pile en face de moi). Je ne peux malheureusement pas aller plus loin en voiture, il faudra donc remonter un peu la plage à pied pour nous extirper de ce piège. Nous nous décalons donc de 100m en amont du filet pour avoir la place de tendre nos lignes.

Un problème n'arrive jamais seul

Arrivé sur le poste, suffisamment loin de la bouée clignotante du filet, je déploie mon matériel et tends mes lignes. Il est déjà 21h20 quand j'attaque l'action de pêche, nous avons donc perdu pas loin de 2h de pêche sur la soirée. C'est rageant mais je me console en me disant que la mer est basse et donc que le meilleur reste à venir (la marée montante).

A 21h45 je vois une touche franche entre deux rafales de vent. Je prends la canne en main, ferre et le poisson est au bout. C'est lourd mais le combat n'est pas intense, les coups de tête désordonnés me font penser à un doublé de poissons de moyenne taille. Tout se passe bien sur les 40 premiers tours de manivelle puis soudainement ma ligne ne progresse plus. Elle est prise au fond.

Je suis déçu, le poisson semble avoir trouvé un obstacle et réussi à se loger dedans, je suis contraint de casser ma ligne complète (et hop, un peu de matériel perdu à l'eau).

Je repose ma première canne et remarque que la seconde s'est redressée. Je prends contact, ferre et sens du poids au bout du fil. C'est moins lourd mais le poisson est un peu plus combatif et me met quelques coups de tête énergiques. Je décide de le prendre un peu d'autorité pour éviter qu'il n'aille se loger dans un obstacle lui aussi. Je travaille canne haute mais ça ne suffit pas car là encore ma ligne reste bloquée à environ 60-70m du bord. Même histoire que la précédente, plus rien ne bouge. Je tire dans tous les sens, ma ligne semble se dégager un instant mais se retrouve immédiatement prise au fond (comme si elle avait sauté d'un trou à un autre). Je suis contraint de casser (un peu plus de matériel perdu...).

Histoire d'en avoir le cœur net, je relève ma troisième ligne. Je sens un poisson au bout encore une fois mais devinez quoi... mon fil se prend au fond à 60m du bord. J'ai une ligne beaucoup plus solide sur cette canne mais ça ne suffira pas, je casse de nouveau.

Ecœuré, je range mon matériel et reste discuter avec les copains. Louis me dit "installe toi à ma droite, je n'ai pas de problème sur mon poste". Je n'y crois pas du tout, je suis convaincu que l'obstacle est un filet et qu'il va s'en rendre compte en remontant ses lignes. Justement, Louis a une grosse touche sur sa canne du milieu. Il prend la canne en main, ferre et ne bataille pas plus de 3 secondes avant de se retrouver pris au fond lui aussi. Il me regarde, l'air dépité, et me dit "j'ai lancé cette canne plus près du bord que les autres, à environ 70m".

Malgré sa ligne en tresse, il casse lui aussi. Nous sommes maintenant tous à peu près certains qu'il s'agit d'un filet, peut-être un filet perdu au fond car il n'y a pas le moindre flotteur visible sur l'eau.

Louis remonte une autre de ses lignes qui finit aussi par s'accrocher au fond en arrivant à 60m du bord. Le coin est tout simplement impossible à pêcher et compte tenu de l'heure (22h largement passé) nous n'avons pas la motivation de reprendre la voiture pour nous déplacer une seconde fois.

Un bilan bien triste

Que dire de plus si ce n'est que le bilan de la soirée est triste et inquiétant à la fois. Je suis naturellement content d'avoir fait la rencontre de mes deux camarades de pêche et d'avoir partagé un moment avec eux mais la frustration de ne pas avoir pu pêcher est plus forte encore que la déception ressentie lors d'une soirée sans la moindre touche.

Du temps libre gâché

A mon niveau, il s'agit surtout de temps libre gâché or j'ai très peu de temps libre cette année. Le peu que j'ai est donc rare et précieux. Pratiquer ma passion est mon moyen de m'aérer l'esprit, cela contribue à mon équilibre personnel autant qu'un sportif éprouve le besoin de pratiquer son sport favori.

Certains diront que "ce n'est pas bien grave et que je dois être compréhensif car ce brave professionnel de la mer fait son travail alors que je ne suis là que pour le plaisir". Je refuse totalement cette vision simpliste et grotesque des choses.
Certes le pêcheur professionnel a le droit de travailler, je ne le conteste pas, mais j'ai aussi le droit de me divertir. Il faut donc trouver un moyen de partager un petit bout de côte (30m d'espace pour 3 pêcheurs contre 1km de filet, cherchez l'erreur). S'il n'est pas possible de partager l'espace public en bonne intelligence, alors une règlementation adaptée est nécessaire pour y remédier.

De l'argent gaspillé

La seconde chose décevante à considérer est l'impact financier d'une soirée perdue comme celle-ci. Pour vous donner un ordre d'idée, le total représente approximativement 80€ de gaspillage :

  • 35€ d'appâts achetés, qui vont sûrement périmer avant que je ne puisse retourner pêcher
  • 20€ pour les 3 lignes perdues (arrachés, plombs phosphos, rollings, agrafes, hameçons)
  • 10€ de fil pour remplacer celui de mes bobines
  • 15€ de carburant

Les dépenses engagées sont perdues puisque je n'ai pas pu en profiter. Il s'agit d'argent jeté par la fenêtre. 

Oui le professionnel gagne sa vie en pêchant, mais moi aussi ai dû travailler pour gagner ces 80€ qui se sont évaporés. Je ne sais pas vous, mais personnellement je n'ai pas d'arbre à billets dans mon jardin (rien à faire, aucun ne pousse chez moi).

Le dur exercice du respect mutuel

Je veux bien faire preuve de compréhension et j'en ai longtemps fait preuve en modérant les propos injurieux à l'encontre des pêcheurs professionnels sur les réseaux sociaux. Je m'évertue souvent à rappeler l'intérêt de soutenir la pêche artisanale côtière plutôt que la pêche industrielle dévastatrice. Mais là, je n'arrive plus à être compréhensif.

La coupe est pleine car sur la mer je ne vois pas beaucoup de témoignages de compréhension envers les pêcheurs de loisir. Je ne vois pas d'effort réalisé pour déposer les filets un peu plus loin du bord ni de tentative d'éviter les lignes des pêcheurs de loisir. Certes, parfois c'est trop tard, le professionnel repère les surfcasters bien après avoir démarré la pose du filet et il ne peut pas vraiment faire autrement que poursuivre jusqu'au bout (je comprends très bien).
Cependant, quand il débarque en pleine nuit et dépose son filet sur la seule plage animée par des lampes frontales, alors il n'a pas la moindre excuse valable. Les lumières sont visibles de loin et il est facile de voir que les plages d'à coté sont vides. Poser son filet devant les pêcheurs dans ces conditions ressemble alors à un acte délibéré de nuisance.

De pire en pire

Etre forcé à l'abandon à deux reprises dans la même soirée ne m'était jamais arrivé. De même, me retrouver avec un filet devant mes lignes lors de 80% de mes sorties ne m'était jamais arrivé non plus en 11 saisons de pêche en plage. Malheureusement, je crains que sans règlementation adaptée cela ne devienne banal.

Tout cela m'amène à profondément m'interroger sur l'avenir du surfcasting dans ma région et entache un peu plus ma motivation à poursuivre cette pêche.

Commenter cet article
H
Salut Jérémie, l'année dernière j'avais demandé, sur ton site ou celui de Mickou "dorade s...", si il existait une règlementation en méditerranée car aux Saintes Maries de la mer c'est la même chose. Côté plage Est à la Thalasso, un petit métier toujours le même place ses filets entre les digues et plage Ouest dès que la municipalité enlève la bouée à l'embouchure du petit Rhône il ratisse devant toutes les digues. En plus il n'est pas très avenant !! Maintenant je sais que sur notre littoral chacun fait ce qu'il lui plait !!
Je vais me renseigner sur les associations mentionnées plus haut dans les commentaires.
Merci pour ton site où j'ai appris énormément de choses.
Répondre
G
Je comprends et partage votre colère Jérémie, mais surtout n'abandonnez pas. Ce serait leur donner raison.
A Narbonne-plage, il y a UN seul petit métier et il fait la pluie et le beau temps, en fournissant du poisson invendu -sans respect des tailles légales- aux autorités portuaires. Allez vous plaindre après cela..
Ce sont les talibans de nos côtes.
Répondre
A
Les politiques devraient être à l'écoute des scientifiques prendre leur décision. Les études de ces derniers démontrent la nécessité de préserver une bande littorale pour la reproduction des espèces. Pouvez-vous préciser pourquoi la bande littorale n'est pas protégée en méditerranée ?
À mon avis, la nécessité de légiférer est urgentissime. D'ailleurs, c'est aussi impérieux d'imposer la préservation d'une bande de 3 milles sur le littoral français. Les rapports scientifiques sont unanimes sur ce point.
Répondre
J
Le problème est que leur mandat est limité en temps et pour avoir une chance d’être réélu, ils doivent montrer un bilan économique positif. Économie d’abord
O
Bonjour Jérémie

Effectivement c'est assez frustrant de voir que les pêcheurs au filet viennent très près de la plage (déjà vu à moins de 30m) alors que nous, nous faisons tout pour nous en éloigner suffisamment afin de passer les bancs de sable qui sont assez éloignés!

Habitant à 800km, je viens 1 à 2 fois par an en vacances pour pouvoir pêcher (de jour) et il est vrai qu'entre les baigneurs (qui viennent pour certains se baigner dans les lignes même lorsqu'il n'y a personne sur la plage) et les pêcheurs au filet, cela devient difficile de prévoir où et quand pêcher sans faire face à un aléa...
Difficile d'ailleurs de savoir où commence et où finit le filet lorsqu’on arrive le matin au lever du soleil.

Il faudrait des zones réservées à la pêche en surfcasting comme certaines peuvent l'être pour la pratique du kite surf!

J'en profite pour te remercier pour ton site qui m'a permis d’apprendre les bases de cette pêche depuis 3-4 ans et de progresser pour prendre plus fréquemment du poisson avec du matériel adapté!
Répondre
J
Oui, je pense aussi que quelques plages ouvertes à la pêche en journée ne serait pas une mauvaise idée, sans non plus en demander trop.
Pêcher du bord est de plus en plus compliqué.
A
En Bretagne, la pose de filet est interdite sur la bande littorale de 300 m.
Qu'en est-il sur le littoral méditerranéen ?
Certaines organisations militent pour une bande de trois miles. Cela serait une bonne chose pour la reproduction des espèces.
Les scientifiques réalisent des études avec des préconisations. Elles sont rarement suivies par le politique ; il protège son électorat.
Répondre
J
En Méditerranée il n’y pas d’interdiction à pêcher la bande littorale. La zone de 300m peut être interdite à la navigation sur arrêté municipal pendant la période estivale (et un balisage est alors nécessaire). D’une commune à l’autre, on trouve des différences de règlement.
A
Merci infiniment Jérémie pour ce récit d'une expérience désagréable de séance de pêche. Nous pouvons nous demander quel est l'efficacité du service de contrôle en la matière. Nous pouvons légitimement nous interroger sur l'absence de vision sur ces pêches locales professionnelles. Il me semble que la réglementation existe sur la distance autorisée pour la pose des filets et la naviguation.
Répondre
A
Bonjour Jerémie,
une association se bat pour faire repousser les filets au loin des plages :
https://www.defensedesmilieuxaquatiques.org
Répondre
P
Je ne comprends pas pourquoi une embarcation légère telle qu'un bateau de loisir ou autre jet ski est réprimandable s'il franchit la ligne des 300m et pas ces gens là?!?
A qui s'adresser pour avoir des réponses sur leurs droits...?
Répondre
P
Il doit bien en exister une de législation pour ses "petits métiers" comme on les appel...
Mais laquelle, et comment la faire respecter???

je ne comprends pas qu'en bateau on pose des filets si prêt du bord... quel est l'intérêt du bateau, autant acheter un 4x4 et tirer les filets du sable!!!! ???
Répondre
F
Bonsoir, et merci pour votre témoignage. Il est sur que la mer ne doit pas seulement appartenir à ceux qui l'exploitent. Il doit y avoir des règles, de bon sens, de sécurités, et bien sur quand on parle de filet laissé au fond, filet qui continue à pêcher... C'est un peu comme les déchargements des artisans sauvages... Pour cela je vous invite à prendre contact avec une Association qui milite pour que des règles soient etablies. L'ADRM. Courage à vous et n'abandonnez pas ce si beau loisir.
Répondre
P
peut être des organisateurs de concours savent à qui s'adresser ?
J
Tellement d’accord avec toi il y en a marre de touts c’est petit bateaux qui vienne déposer des filets à 70 mètre Y’EN AS MARRE la question et que peut t’on faire comment cohabiter ????
Tu
Répondre
J
Je ne vois que la possibilité de militer pour qu’une réglementation soit mise en place afin de permettre un partage ou une cohabitation acceptable.
Ca peut être des mesure de distance, des zones pour les uns et les autres, bref il y a des choses possibles